Conjonction astrale au TGI de Rennes : deux camarades jugés pour violences sur agent de police

Hier comparaissaient au tribunal deux camarades suite à la manifestation du 30 mars à Rennes, à savoir l’acte XX du mouvement des gilets jaunes. Ils ont été interpellés pendant la dispersion au parc du Thabor où se déroulait au même moment le festival Mythos. Les deux camarades placés en GAV ont usé de leur droit au silence, et ont été déférés au bout de 48h devant le tribunal, dans le cadre d’une procédure de comparution immédiate. Suivant les conseils donnés aux AG et dans divers tracts (y compris ceux de la Défense Collective), ils ont demandé un délai pour préparer leur défense. Ils sont ressortis libres, avec toutefois un lourd contrôle judiciaire : pointages au commissariat 2 fois par semaine, assignation à résidence le week-end et interdiction d’entrer en contact. Parmi les diverses procédures qui ont eu lieu pendant ces 3 mois, un appel est effectué sur le CJ, celui-ci conduit à une levée partielle, en l’occurrence celle de l’assignation à résidence.

Les deux personnes étaient jugées ensemble et comparaissaient pour les mêmes chefs d’inculpation :

– violences sur une personne dépositaire de l’autorité publique sans incapacité. En l’occurrence, les deux personnes sont accusées de jets de projectiles, et l’une d’entre elles d’avoir fait chuter un policier au sol et lui avoir porté des coups de pied

– refus de se soumettre aux prélèvements signalétiques

– refus de se soumettre aux prélèvements ADN

– dissimulation de visage sans motif légitime lors d’une manifestation (ce dernier chef d’inculpation étant encore d’ordre contraventionnel au moment des faits)

Deux policiers se portent partie civile dans cette affaire. D’ailleurs, en l’absence d’images des faits reprochés, leurs témoignages et ceux de leurs collègues sont centraux dans l’accusation des deux camarades. Combinés à l’exploitation d’une vidéo amateur tournée durant presque la totalité de la manifestation (excepté la dispersion au Thabor), ces témoignages visent à établir une identification formelle des deux camarades, via une méthodologie bien rodée de PV qui se recoupent entre eux.

Cependant les deux camarades nient les violences et les jets de projectiles, en remettant en cause le travail policier. Ceci a pour effet d’énerver le procureur qui tente de convaincre les magistrats du travail « précis et irréprochable » des policiers, arguant que la culpabilité des camarades est avérée et indiscutable, à moins d’une « conjonction extraordinaire des astres », démontrant ainsi ses grandes compétences en astrologie judiciaire. Il requiert 5 mois de sursis + 2 mois pour le refus d’ADN et signalétique et 200 euros d’amende pour la première camarade, ainsi que 8 mois de sursis pour le second en alignant le même réquisitoire pour le reste.

La défense quant à elle, représentée par Olivier Pacheu et Nicolas Prigent, vient mettre en évidence les imprécisions et les incohérences présentes dans les PV des keufs (notamment la vision aux rayons X d’un policier permettant de voir une barbe à travers un t-shirt qui masquait le visage du camarade). Des pièces versées au dossier viennent appuyer la plaidoirie des avocats, notamment des photos du Thabor qui démontrent le caractère confus de l’interpellation, en raison de la végétation très dense, qui rend le travail d’identification bien plus compliqué que les flics et le procureur le laissent entendre. A ce titre, la défense demande la relaxe totale des deux camarades inculpés.

Rendu :

La première camarade est relaxée sur le refus de prélèvement ADN, elle est en revanche condamnée pour le reste des chefs d’inculpation, et écope de 2 mois de sursis pour les violences et 100 euros d’amende pour la dissimulation de visage.

Le second camarade est jugé coupable sur l’ensemble des faits et écope de 6 mois de sursis pour les violences, 300 euros d’amende pour refus de signalétique et ADN, et 100 euros d’amende pour dissimulation.

La partie civile est retenue à hauteur de 250 euros pour un policier et 550 euros pour le second.

Un compte-rendu plus détaillé de ce procès sera publié ultérieurement sur le site de la Défense Collective.

Pour faire face aux importants frais de justice engendrés par cette affaire et celles à venir (la répression ne prenant pas de vacances), nous appelons à participer à la cagnotte de soutien aux inculpés

 

 

 

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