Archives de catégorie : MANIFESTATIONS

Manifestations du 11 et 16 février. Dispersé.es aux quatre vents ou nassé.es tou.tes ensemble : faire dérailler la préfecture en toutes circonstances

CR stratégie de rue et répression à Rennes

Samedi 11 février

Revenons d’abord sur la journée de ce samedi 11 : en tête de cette manifestation à l’affluence rarement égalée à Rennes, se constitue un cortège de plusieurs milliers de personnes refusant de se soumettre à l’encadrement préfectoral et syndical.
Après un début de parcours tranquille, l’arrivée à République par le quai Zola est perturbée par une charge de la police, procédant à une première interpellation. Solidaire et déterminé, le cortège persiste et finit par atteindre la place. À l’initiative du comité d’action de l’AG de Rennes 2, la tête de manif stagne sur Répu pour obliger le dispositif policier à se redéployer, laissant le champ libre vers le sud. S’en suit une longue séquence d’affrontements à Répu, pendant laquelle une bonne partie de la tête de manif continue son chemin vers place de Bretagne, et se retrouve isolée par les salves de lacrymos. L’ampleur du cortège continuant à affluer sur République et se répandant dans les rues adjacentes contribue à mettre les flics en difficulté, chassant notamment la BAC de sous les arches, son repère habituel.
Suite à cette séquence, une partie importante du cortège quitte la place et prend la direction du sud vers le centre commercial Alma, afin d’y rejoindre une action appelée par l’Assemblée Générale de lutte Interprofessionnelle (AGI). Un demi-tour en catastrophe des camions de flics boulevard de la Liberté prend de vitesse les manifestants, découpe le cortège au passage de la rue Joffre, donnant lieu à une dispersion désordonnée de la centaine de personnes se retrouvant isolées à Charles de Gaulle.
Malgré plusieurs interpellations pendant la dispersion et l’échec de la tentative de rejoindre Alma en cortège, cette séquence marque la capacité de la manif à ouvrir des failles dans le schéma du maintien de l’ordre prévu par la préfecture. Tandis que de nouveaux affrontements reprennent place de la République et bientôt place de Bretagne, plusieurs dizaines de manifestants parviennent à atteindre le centre commercial et y mobilisent une partie du dispositif habituellement réservé pour le centre-ville : une dizaine de camions de la police anti-émeute de Rennes, dont l’un des canons à eau !
Le dispositif policier, désormais extrêmement étiré dans l’espace, finit par rompre, et un cortège de plusieurs centaines de personnes réussi à s’engouffrer dans le centre ville et à y défiler, allumant de nombreuses barricades dans son sillage. Arrivés place Sainte-Anne après l’envahissement du centre commercial La Visitation, un bref passage devant la Maison du Peuple permet à quelques camarades de symboliquement en rouvrir les portes et de monter sur le toit. Puis les affrontements reprennent de plus belle sur la place, et ce jusqu’au coucher du soleil, où la manifestation prend fin.
À la suite de cette journée la préfecture a annoncé l’interpellation de 23 personnes. De notre côté, nous pouvons confirmer que 5 d’entre elles ont fait l’objet de poursuites. Les chefs d’inculpation deviennent habituels : refus de signalétique, rébellion, violence sur policier et port d’artifice non-détonant.
    – 1 composition pénale pour refus de signalétique
    – 1 procédure accélérée de CRPC pour rébellion (à ce sujet, voir notre compte-rendu de la manif du 31 janvier) avec une peine relativement lourde : interdiction de manif pendant 6 mois, 105 heures de TIG et 500€ de dommages et intérêts pour les flics (parties civiles)
    – 2 passages devant un Juge des Libertés et de la Détention (JLD) pour une convocation début mars devant le tribunal correctionnel, pour violences et refus de signalétique, avec en attendant un Contrôle Judiciaire (CJ) : interdiction de manifester dans le 35
    – 1 comparution immédiate (CI) pour violences sur policier avec arme, transport d’artifice non détonant et refus de signalétique, la camarade a demandé un délai pour préparer sa défense (ce que nous recommandons), et s’en sort avec un CJ en attendant son procès (en mars) : pointage hebdomadaire au commissariat, interdiction de manifester et interdiction de port d’arme

Jeudi 16 février

La préfecture a annoncé le chiffre de 57 interpellations, un record national depuis le début du mouvement. Ce chiffre cache en réalité une tentative de fichage de masse ayant lamentablement échoué.
En amont de la journée de mobilisation de jeudi dernier, une action d’envahissement des voies ferrées avait été décidée en comité d’action de l’AG de Rennes 2. Pour mener à bien cet objectif, le cortège s’engage rue Saint-Hélier au lieu de suivre l’avenue Janvier, prenant de court la flicaille postée un peu plus loin, qui avait prévu d’intervenir au niveau du lycée Zola pour découper le cortège, comme cela se faisait déjà en 2019. Ce mouvement a laissé les flics le bec dans l’eau pendant un long moment, laissant le temps aux camarades d’atteindre la zone de fret ferroviaire.
En effet, le dispositif, bloqué par de nombreuses barricades de poubelles, n’a pas pu empêcher le cortège d’atteindre les rails. Les flics de la CDI, arrivés trop tard ont dû se déployer en urgence pour empêcher les manifestant.es, avançants sur les rails, d’investir la gare.
Cette action n’a duré que quelques minutes mais a permis de bloquer la circulation des trains pendant près de 2 heures
Lorsque le cortège a quitté les rails, les flics ont profité d’un moment d’incertitude quant au trajet à emprunter pour effectuer une manœuvre confuse sur le pont de Saint-Hélier. Cela a eu pour effet de faire fuir une partie du cortège et de former une nasse autour du morceau restant.
Suite à une discussion dans la nasse, la majorité des camarades ont donné le nom collectif « Camille Dupont », et ont gardé le silence pour TOUT LE RESTE, dans la nasse comme au comico, y compris face aux petites provocs dans les couloirs. Ils et elles n’ont pas donné leurs empreintes digitales
Stocké.es comme du bétail dans le parking extérieur du commissariat, pris en photo avec un numéro et leurs affaires répandues sur le sol, ils et elles ont été emmené.es un par un dans les bureaux d’OPJ désemparés, qui ont tenté tous les mythos possible pour les menacer de gardes-à-vue. Les camarades n’ont pas cédé. 
Résultat: zéro identité, zéro fichage, zéro poursuite !
À notre connaissance, parmis les arrêté.es de ce 16 février, seules 3 personnes,  arrêtées en dehors de la nasse, sont sorties avec convocation, résultat : 
  • 1 composition pénale pour refus de signalétique (camarade interpellé dans le cortège et placé en garde-à-vue suite à une accusation bidon de feu de poubelle, fautes d’éléments les flics ont dû se rabattre sur le classique refus de signalétique)
  • 1 composition pénale pour port d’arme (suite à une arrestation préventive avec fouille de sac)
  • 1 pour laquelle nous n’avons pas d’informations (si vous en avez n’hésitez pas à nous contacter)
N’oublions jamais de vérifier le contenu de nos sacs avant de partir en manif : les fouilles préventives aux abords du départ de la manif, ou une arrestation au pif lors d’une charge peut déboucher sur des poursuites pour un banal oubli (carnet de notes, opinel utilisé au quotidien, stupéfiants…)

Retourner la nasse à notre avantage ?

La nasse comme une forme de blocage 

La nasse est une technique d’intervention de la police mise en place lorsque l’encadrement classique de la manifestation échoue, par exemple lorsque le cortège sort du parcours préfectoral ou que des actions offensives sont menées sur son trajet.
Lorsque le dispositif est dépassé de cette manière, il doit se réajuster en urgence, par exemple au travers d’une nasse, destinée à immobiliser la partie du cortège considérée comme responsable des débordements. Or, être immobile est parfois à notre avantage !
Nous pouvons poser la question d’utiliser la nasse comme une forme de blocage efficace : si nous nous faisons nasser sur les rails (en étant très nombreux), ou au milieu d’une rue très passante, sur une rocade, dans une zone industrielle, nous pouvons imaginer que notre position aura un impact sur l’économie qui nous entoure.
De manière générale il vaudrait mieux se faire nasser dans ce genre de situation (dans un espace public et/ou utile à l’économie) que dans un quartier résidentiel désert. 

La nasse pour embourber le dispositif policier 

Dans la rue, nasser plusieurs dizaines voire centaines de personnes nécessite de mobiliser un grand nombre d’effectifs policiers pendant un long moment. 
Au commissariat, mener les démarches pour vérifier l’identité de 60 personnes requiert un travail bureaucratique et répétitif, qui provoque la mise en pause d’une bonne partie des activités des flics, en plus de démoraliser des OPJ exaspérés par l’absurdité de la situation.
Immobilisant toute une partie du dispositif mis en place par la préfecture, les nasses ouvrent potentiellement des brèches pour d’autres initiatives ailleurs. 
Prenons comme exemple celle de jeudi : elle n’a pas piégé l’entièreté du cortège, pourtant tous les flics de la CDI étaient là pour s’en occuper, la manifestation aurait pu continuer sans se soucier d’être suivie par ces effectifs habituellement très mobiles.
Les issues judiciaires de cette manœuvre sont forcément très maigres : personne n’imagine le comico central capable d’accueillir 50 personnes en garde-à-vue, ils n’ont déjà pas été capables de vérifier l’identité des camarades de manière effective.

La nasse comme isoloir géant

Quand on est nombreux.ses, une nasse en fin de manifestation peut être saisie comme l’occasion de permettre à chacun.e de se débarasser de divers matériel, de prendre le temps de changer de vêtements, de cacher ses équipements de protections. C’est un moment beaucoup plus long qu’une planque sous un parapluie ou dans un hall d’immeuble quand les flics nous traquent pendant une dispersion. 
De manière générale, la fuite individuelle est rarement une situation bénéfique. Lors de la manif du samedi 11, la dispersion a donné lieu à au moins 6 arrestations (+ de 20 selon les chiffres de la préfecture) pour 4 poursuites judiciaires, contre 54 arrestations pour 0 poursuites ce jeudi !

La nasse comme espace de diffusion des pratiques de défense

La meilleur manière de se défendre face à la police est l’action collective, quoi de mieux alors que de se faire « interpeller » avec 50 camarades ?
Nous devons profiter des nasses en les investissant comme espace d’échange autour des techniques de défense en cas d’arrestation : donner des conseils aux camarades qui se font arrêter pour la première fois, se soutenir les un.es les autres, diffuser des stratégies qui sont efficaces si elles sont saisies par la plus grande partie du mouvement : le nom collectif, le rien à déclarer, le refus de signalétique…
Il est certain que la balade au comico de jeudi dernier, qui était la première pour beaucoup de camarades interpellé.es, au lieu d’intimider a plutôt donné la force à tou.tes de se dire « la prochaine fois, quand on sera seul.e, ou moins nombreux.ses, on pourra faire face ».
Transformons la nasse en bourbier pour les flics et la justice, en isoloir qui permet de s’échanger vêtements et affaires, en espace pour prendre le temps de discuter, et en lieu de transmission de l’expérience collective sur la répression et comment y faire face. 

CES DEUX INTENSES JOURNÉES DE MANIF NOUS DONNENT DES PERSPECTIVES POUR LA SUITE

  • De la rue au commissariat, même entre de mauvaises mains, on a souvent l’occasion de diffuser les pratiques et les connaissances pour faire face à la répression collectivement, et construire une solide culture de la défense et de la lutte
  • En s’organisant les manifestant.es peuvent ouvrir des brèches dans des cortèges encadrés et des trajets verrouillés, et ainsi libérer les initiatives de tous ordres pour que le mouvement prenne de l’ampleur et de la force
POST-SCRIPTUM : Nous avons appris par voie de presse l’ouverture d’une enquête criminelle visant le jet de cocktails molotovs lors des affrontements à République le samedi 11 février. Nous n’avons connaissance d’aucune suite à cette enqupete à ce jour.

Manifestation du 7 février et occupation de la Maison du Peuple : Arrêter pour ficher, des vieux réflexes au poulailler

Compte-rendu de la répression à Rennes

Revenons sur le début de cette semaine chargée pour le mouvement social, en questionnant la stratégie de la police et de la justice sur la manifestation du 7 février et l’occupation de la Maison du Peuple.

7 février

Concernant la manifestation de mardi, la préfecture a annoncé l’arrestation de 13 personnes. De notre côté, nous pouvons en confirmer 12. 
Les chefs d’inculpations sont principalement « refus de se soumettre aux opérations de relevés signalétiques » et « violences sur Personne Dépositaire de l’Autorité Publique (PDAP) ». Trois autres délits ont été notifiés : rébellion, dégradation et port d’artifice non détonant. 
Suite à ces 12 GAV, voici le bilan que nous avons établi: 
– 4 camarades sont sorti.es sans suites
– 4 camarades sont sorti.es avec des convocations pour procès ultérieurs
– 3 camarades sont passé.es devant un Juge des Libertés et de la Détention (JLD), ce qui a donné lieu à leur placement sous Contrôle Judiciaire (CJ), en l’espèce : interdictions de manifester dans le département en attendant les procès, qui auront lieu au mois de juillet.

Maison du Peuple

Sur le toit de la MDP, les 25 camarades sont resté.es solidaires, groupé.es, et ont refusé de quitter individuellement la MDP pour éviter les arrestations et coups de pressions isolés. Ils et elles ont toutes et tous été emmené.es au poste de police pour une vérification d’identité. 
Une vérification d’identité est une procédure pendant laquelle les flics sont chargés de trouver et confirmer l’identité d’une personne interpellée, elle peut durer jusqu’à 4h et ne conduit pas nécessairement à des suites judiciaires. Dans le cadre des verifs, nous conseillons de n’avoir sur soi aucun papier permettant de nous identifier, et de refuser de donner ses empreintes ou de se faire prendre en photo pour prouver notre identité. LAISSONS LES FLICS SE DEBROUILLER SEULS ! 25 flics mobilisés pendant 4h sur des verifs minables, c’est un comico saturé, des enquetteurs à bout de nerfs, et des dizaines d’autres procédures retardées.
En parlant des rares suites judiciaires des verifs : suite à ces 25 vérifications d’identité, seules 4 personnes sont placées en GAV. 1 sortie sans suite et 3 sorties avec convocation en avril 2024 pour refus de se soumettre aux opérations de relevés signalétiques.
***
Contrairement aux arrêté.es de la semaine dernière, aucun camarade n’a été jugé via une procédure accélérée de type CRPC (Comparution sur Reconnaissance Préalable de Culpabilité = reconnaître les faits dès la garde à vue, et être condammé sans procès ni possibilité de se défendre, cf. compte rendu du 31 janvier). 
A noter également : il n’y a toujours pas eu de présentation en Comparution Immédiate (procédure pendant laquelle le prévenu est présenté devant un tribunal et peut décider de demander un délai pour préparer sa défense – ce que nous recommandons – ou accepter un jugement immédiat pour les faits qui lui sont reprochés) depuis le début de ce cycle de manifestations, alors que c’était une procédure énormément utilisée pendant les Gilets Jaunes. 
***
Les 4 camarades de la manifestation du mardi et les 3 camarades de la maison du peuple convoqué.es ultérieurement sont donc tous poursuivi.es pour refus de se soummettre aux opérations de relevés signalétiques. Cela consiste en : refuser le relevé de nos empreintes digitales et palmaires, et refuser de se faire prendre en photo.  

Refus des relevés signalétiques et prélèvements biologiques ?

La demande de relevés signalétiques peut intervenir à différents moment lorsque l’on se trouve au poste de police. Dans un premier temps, lors de la vérification d’identité, la police peut demander ce relevé sous prétexte de n’avoir aucun autre moyen de vérifier notre identité (ce qui est le plus souvent complètement faux !). 
Dans un second temps, lorsque l’on est placé en GAV, étant souçonné.e d’avoir commis un délit, la police demande quasi-systématiquement ce relevé, assorti parfois d’un prélèvement biologique (ADN), prélèvement qui nécessite normalement une procédure différente, mais qui dans les faits est souvent groupé arbitrairement avec les relevés signalétiques. 
Les relevés signalétiques (et prélèvements biologiques), comme la GAV de manière générale, sont des procédures voulues très encadrées et réservées aux besoins des enquêtes en cours; mais dans une réalité judiciaire où les enquêtes sont l’exception et non la règle, et où les GAV ne servent en vérité que d’usine à aveux et à PV bidons (voir notre CR de la semaine dernière), la collecte quasi-systématique des empreintes, des photos et de l’ADN sert surtout au fichage généralisé des manifestant.es.
L’ensemble de ces informations prélevées par la police, quel que soit le moment où cela intervient, rejoignent le FAED (pour la signalétique : Fichier automatisé des Empreintes Digitales) ou le FNAEG (pour les données biologiques : Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques), et y sont conservées de nombreuses années : 25 ans lorsque l’on est mis en cause (donc potentiellement classé sans suite), et 40 ans lorsque l’on est condamné par un tribunal (quelle que soit la gravité des faits reprochés).
Le refus de se soumettre à ces prélèvements est un délit en soi, qui peut soit nous mener en GAV, soit s’ajouter aux autres délits qui nous sont déjà reprochés. 
Il nous semble toutefois préférable de s’en sortir avec une convocation pour un procès ultérieur à ce sujet, plutôt qu’avec nos données inscrites dans un système de fichage généralisé des manifestant.es et de la population. N’oublions pas qu’une convocation ne veut pas dire une condamnation : il y a toujours de nombreux arguments à user pour s’en sortir !
ASTUCE : Au lieu de répondre « non » à un flic qui nous demande si l’on accepte de se soumettre aux prélèvements, répondons toujours « JE N’AI RIEN A DECLARER », cela peut s’avérer utile pour la suite.

Pourquoi refuser le fichage ?

Pour nous, refuser le fichage est un positionnement politique indispensable et collectif.
– Refuser les prélèvement n’expose pas toujours à des poursuites : il arrive souvent que des camarades sortent de GAV sans suite alors même qu’ils et elles ont refusé de s’y soumettre !
– Nous ne pouvons pas assurer que les demandes de suppression des données enregistrées aboutissent, et ce même si la GAV est classée sans suite ou que vous êtes relaxé.e lors de votre procès !
– Nos données génétiques (ADN) permettent d’identifier toute notre famille, accepter les prélèvements biologiques n’est donc jamais une décision individuelle !
– Seule une petite partie de l’ADN est prélevée, ce qui signifie qu’il peut exister de nombreuses correspondances entre l’ADN de deux personnes pourtant bien distinctes. Ce n’est donc pas une source infaillible dans une enquête !
– Les échantillons génétiques sont gérés par des laboratoires privés sur lesquels nous n’avons aucune information !
– Une fois enregistré.es dans les fichiers de police (FAED et FNAEG) nous n’avons aucune assurance de la destination ou des possibilités de partage des informations que nous avons donné car il n’existe aucun contrôle sur les fichiers et leur gestion !
– Etre intégré.e à une banque de données sur la base de simples suspicions est une grave atteinte à la vie privée de chacun.
– Nos données signalétiques et génétiques nous appartiennent et ne doivent devenir la propriété ni de l’Etat, ni de sa force répressive, ni de quiconque !
– Conservés pendant des dizaines d’années, ces fichiers sont aux mains des futurs changements legislatifs et gouvernementaux. Ils pourraient être vendus à des entreprises privées, ou utilisés par un régime d’extrême-droite pour ficher et traquer des opposants politiques
Pour conclure, refuser le fichage c’est aussi prendre part à des batailles judiciaires toujours en cours sur ces questions ! En te battant au tribunal aux côtés de la Défense Collective, tu peux gagner et participer au combat contre ces pratiques repressives !
***
Sur 37 interpellations confirmées, seulement 11 dossiers donneront lieu à des suites judiciaires, dont 8 pour refus de se soumettre au prélèvement signalétique.
A nos yeux la stratégie est claire : 
– Arrestations de masse (parfois violentes), visites du comico inutiles, et GAV parfois longues qui finissent en classements sans suite : foutre la pression pour dissuader les gens de remettre les pieds en manif.
– Relevés signalétiques et prélèvements biologiques à la pelle : mettre en place le fichage généralisé du mouvement social.
– Distribution de Contrôles Judiciaires basés sur du vent : empêcher sans procès les camarades de revenir participer aux manifs rennaises.
  
Ne laissons jamais les flics nous décourager par leurs stratégies, et utilisons plutôt notre force et notre nombre pour leur faire perdre du temps : ne déclarons rien, même lorsqu’ils nous demandent les relevés signalétiques-biologiques. Face à la répression et ses magouilles, construisons la culture de la défense !
Avec un mouvement aussi déterminé et débordant qu’à Rennes, les procès s’accumulent vite. Contrairement à ce qui se voit dans d’autre villes, la Défense Collective fait le choix politique de ne pas travailler avec des avocats militants ou bénévoles, et ce afin de bénéficier de la meilleure défense possible, et que celle-ci reste fermement entre les mains des inculpé.es et du mouvement social, et non celles de spécialistes avec leur propre agenda militant. Si vous souhaitez aider à payer les frais des avocats qui plaideront pour les affaires mentionnées ces dernières semaines, vous pouvez faire un don à la caisse de soutien aux inculpé.es sur Hello Assohttps://www.helloasso.com/associations/association-etudiante-de-soutien-juridique-et-administratif

Continuons la lutte et surtout : REFUSONS LE FICHAGE ! De la rue aux tribunaux, DEFENSE COLLECTIVE !

Manif du 31 à Rennes : Arrestations au pif et dossiers bidons, plongée en eaux troubles au comico central

Après cette grande manifestation du 31 janvier, nous avons tâché de faire un état des lieux des arrestations menées par les flics et de leurs conséquences actuelles.


Des recours étant toujours possibles pour la totalité des personnes qui se sont faites serrer, nous vous invitons à nous contacter pour toutes démarches allant dans le sens de continuer à se défendre face à la répression.

D’après la préfecture, 16 personnes ont été placées en GAV suite à la manifestation. De notre côté, nous pouvons confirmer 3 interpellations préventives aux alentours du Mail, au moins 10 interpellations au cours de la manifestation et 2 interpellations place Sainte-Anne. Les chefs d’inculpations sont : « violences sur Personne Dépositaire de l’Autorité Publique (PDAP) », agrémenté de « jet de projectile » dans la plupart des cas.

Au bout de deux journées d’attente, voilà ce qui est ressorti des suites des GAV :

– 3 camarades s’en sont sortis sans suite
– 3 camarades sont sortis de GAV avec des convocations pour procès ou composition pénale en mars 2023 (on expliquera dans d’autres publications comment marchent ces procédures)
– 6 camarades sont passés devant un juge des libertés et de la détention (JLD) et se retrouvent avec une interdiction de manif jusqu’aux dates des procès, qui tombent entre mai et juillet 2023
– 2 camarades sont passés en procédure accélérée de CRPC (Comparution sur Reconnaissance Préalable de Culpabilité) et ont été condamnés à des peines relativement lourdes pour des primo-délinquants : 6 mois de prison avec sursis et autant de temps d’interdiction de manif et d’inéligibilité.

Avec des arrestations collectives quasi-systématiques, les flics remplissent leur quota sans se soucier des suites judiciaires réelles : on se doute déjà que la plupart des dossiers sont vides ou mal montés. Le réel objectif de la manœuvre est clair : la distribution d’interdictions de manif à la pelle en attente des procès cet été, et ce afin d’empêcher les gens de participer au mouvement social.

Il est bon de rappeler que pour bricoler leurs dossiers, les flics usent d’une bonne vieille méthode : faire parler pour combler les trous.

Avec le système des arrestations hasardeuses à la chaine, les seules personnes qui peuvent produire des preuves sont celles qui se font arrêter, et les flics n’hésitent pas à mentir et recourir à toutes sortes de coups tordus pour obtenir des aveux :

« Si tu ne prends pas d’avocat ni de médecin, tu sortiras plus vite »

D’emblée, les flics ont usé de ce coup classique pour faire en sorte que les personnes arrêtées (notamment les plus jeunes), n’aient aucun moyen d’avoir des informations précises sur leurs droits en GAV.

Le fait de raccourcir sa GAV en ne prenant pas d’avocat ni de médecin est une ARNAQUE, qui prive les gens arrêtés d’un certain nombre d’informations cruciales, telles que :

Le DROIT A GARDER LE SILENCE tout au long de l’audition, un droit qui ne peut être reproché à qui que ce soit (PRÉCISION : garder le silence n’est pas dire oui/non/je ne sais pas, c’est ne rien déclarer du tout).

– La seule chose qu’on est tenu de donner en garde à vue c’est le PETIT ETAT CIVIL (et rien d’autre !)  : NOM, PRÉNOM, DATE et LIEU DE NAISSANCE, ADRESSE ET BASTA !
Le numéro de portable, la profession, les études, ou les infos des parents ou tout autre information sur votre vie personnelle N’EN FONT PAS PARTIE.

– On ne sait ce qu’il y a dans le dossier QU’À LA TOUTE FIN DE LA GAV, et notamment les ERREURS DE PROCÉDURE qui ne pourront être examinées que plus tard en relisant le dossier COMPLET.

Conséquences : les gens qui n’ont pas pris d’avocats ne sont absolument pas sortis plus vite, et font partie de ceux qui ont pris directement des sanctions lourdes faute d’avoir eu les informations correctes.

ATTENTION : tous les avocats (et encore moins les commis d’office) ne donnent pas un véritable accès aux droits des arrêtés. C’est pour cette raison que nous vous recommandons de passer par les avocats de la Défense Collective en écrivant à l’avance au marqueur LEUR NUMÉRO SUR LE BRAS OU LA JAMBE :

PERMANENCE JURIDIQUE DE LA DEFENSE COLLECTIVE : 07 51 28 26 11
MAITRE DELPHINE CARO : 06 50 44 52 33
MAITRE NICOLAS PRIGENT : 06 79 48 32 92
MAITRE OLIVIER PACHEU : 06 73 07 12 83

«Si tu avoues, la peine sera moins lourde »

L’aboutissement de leur technique de chantage se retrouve dans leur capacité à produire des aveux par la négociation sur la peine et la durée de garde-à-vue : des camarades à qui l’on reproche des jets de projectiles se retrouvent à avouer en GAV à l’OPJ des choses dont les flics n’avaient sans doute pas la moindre preuve !

PIRE : le fait de reconnaître les faits permet au procureur d’enclencher une procédure accélérée appelée Comparution sur Reconnaissance Préalable de Culpabilité (CRPC).
Ce dispositif, destiné à éviter la surcharge de dossiers dans les tribunaux, permet de condamner une personne SANS DÉBAT AU TRIBUNAL, sans même qu’elle puisse se défendre avec un avocat qui aurait pu lire le dossier.

Après cette manif, en reconnaissant ces faits, les deux camarades se sont retrouvés piégés dans cette procédure sans avoir pu réfléchir une seule seconde à leur stratégie de défense, sans avoir pu voir leur dossier, ni même savoir si la police avait la preuve des faits ailleurs que dans des déclarations au poste.

Le dossier, qui pouvait comporter des erreurs, n’aura même pas pu être examiné par un avocat compétent qui aurait pu y trouver des VICES DE PROCÉDURES, souvent très nombreux dans les affaires de manifestations où beaucoup de gens sont arrêtés.

Bilan de cette GAV : les camarades ayant accepté la CRPC écoperont de peines dures pour des personnes dont le casier était vierge : six mois de sursis, six mois d’inéligibilité et six mois d’interdiction de manifester en Ille-et-Vilaine !

Pouvoir condamner facilement, lourdement, rapidement et sans passer par un juge : autant de raisons suffisantes pour que les flics poussent les arrêtés à avouer, en jouant ici sur leur ignorance et en leur mentant ouvertement sur le fait qu’elles prendraient une peine moins lourde.

Face à des flics moins soucieux de construire des dossiers cohérents que de faire chanter les gardés à vue, n’oublions jamais que la meilleure défense est de NE JAMAIS RIEN DÉCLARER, et de REFUSER LES AVEUX ET LA CRPC !

Toutes les bonnes raisons de parler présentées par la police ne sont que des pièges, garder le silence est un droit et le seul moyen de briser collectivement la machine répressive. Les flics veulent produire des coupables en masse pour affaiblir le mouvement social, ne leur facilitons pas le travail : nous n’avons rien à déclarer, rien à expliquer, rien à justifier.

De la rue aux tribunaux, DÉFENSE COLLECTIVE !